Journée Météorologique Mondiale

LA JOURNEE METEOROLOGIQUE MONDIALE 2003

«  LE CLIMAT DE DEMAIN  »

 

                   Par :

 M.  Dominique AGBANGLA

                             M. Félicien CHEDE

                   SEVICE METEOROLOGIQUE NATIONAL

 

        

La journée météorologique mondiale commémore l'entrée en vigueur, le 23 mars 1950, de la Convention de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM). Chaque année, l'OMM célèbre cette journée en choisissant un thème qui présente un intérêt  pour l'humanité entière. Le thème de la journée météorologique mondiale 2003 «le CLIMAT DE DEMAIN » a été retenu pour souligner l'importance de la protection  du climat en tant que ressource indispensable au bien-être des générations actuelles et futures.

En effet, le climat est un élément essentiel du maintien de la vie humaine sur terre, car il a une influence profonde sur la sécurité alimentaire, la sécurité des personnes et des biens, les ressources en eau, les loisirs , le développement durable etc. Or il apparaît de plus en plus clairement que l'homme modifie la composition de la mince couche d'air qui entoure la Terre ce qui n'est pas sans conséquences pour le climat qui en est issu.

Le présent article se propose de donner un bref aperçu sur l'évolution du climat mondial, de présenter le rôle que joue l'OMM vis-à-vis des changements climatiques, de faire une analyse critique du climat au Bénin et enfin de rappeler quelques dispositions prises ou envisagées par notre pays pour y faire face.

 

u Le climat dans le passé et ses conséquences

D'après l'OMM, les changements climatiques se sont déjà produits dans le passé, mais ils étaient dus à des causes naturelles. Les changements récents du climat tels que la hausse de 0.6 °C de la température moyenne à la surface du globe enregistrée depuis les années 1860 sont, quant à eux attribuables en grande partie aux activités humaines. Les années quatre vingt dix correspondent à la décennie la plus chaude du XXè siècle. Par son ampleur et sa durée, le réchauffement observé au XXè siècle est apparemment sans équivalent depuis 1000 ans. Ce réchauffement est lié à l'accroissement de la concentration des gaz à effet de serre.

Par suite du réchauffement, le niveau moyen de la mer s'est élevé de 10 à 20cm. Selon les estimations, cette élévation est 10 fois supérieure à l'accroissement moyen  du niveau de la mer  lors des trois derniers millénaires.

Par ailleurs, ces trente dernières années , un certain nombre de phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes (inondations, cyclones tropicaux, sécheresse…) d'une ampleur sans précédent, se sont produits dans diverses parties du globe. Dans le monde entier, les sécheresses et la désertification ont gravement mis en péril les moyens de subsistance de plus de 1.2 milliard de personnes qui tirent de la terre l'essentiel de leur ressource. Et d'après les statistiques pour la période 1950 - 1999, les principales catastrophes naturelles liées au temps et au climat  ont entraîné des pertes économiques évaluées à 960 milliards de dollars US, la plupart de ces pertes ayant été enregistrées durant les dernières décennies

 

u Le climat dans le futur

Face à cette dégradation continue du climat mondial, l'homme contemporain se demande à quel climat il fera face demain. Pour il y répondre, il nous paraît utile de passer en revue les actions et réflexions menées au niveau des différents organismes en ce qui concerne le climat du futur.

Lorsqu'à la fin des années 60 et au début des années 70 une terrible sécheresse a frappé le Sahel et qu'un accroissement de la concentration de dioxyde de carbone a été observé dans l'atmosphère, l'OMM a convoqué en 1979, la première conférence mondiale sur le climat qui a abouti à la mise en place du Programme Climatologique Mondial (PCM) et de ses diverses composantes. Puis, en 1988, eu égard aux préoccupations accrues quant à l'incidence des activités humaines sur le climat et aux répercussions possibles du changement climatique sur l'économie mondiale, en particulier dans les pays en développement, l'OMM, de concert avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), créa le Groupe d'experts intergouvernemental   sur l'évolution du climat (GIEC). Ce groupe d'experts fut notamment chargé d'évaluer les informations scientifiques relatives au changement climatique  et ses conséquences environnementales  et socio-économiques et de formuler des stratégies de parade appropriées. Depuis sa création, le GIEC (sigle anglais IPCC) a publié trois rapports d'évaluation. Le premier de ces rapports a conduit à l'ouverture, par l'OMM et le PNUE, des négociations concernant une Convention-cadre sur les changements climatiques, qui a été finalement signée en 1992 à Rio de Janéiro (BRESIL), lors de la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED) et ratifiée en 1994.

         Le deuxième rapport (1995) a, pour sa part, servi de base aux négociations du Protocole de Kyoto à la Convention des Nations Unies  sur les changements climatiques ( CCNUCC).

         Dans le 3è rapport d'évaluation, publié en Septembre 2001, le GIEC indique que « de nouveaux éléments d'informations montrent de façon encore plus nette que le réchauffement observé ces 50 dernières années est en grande partie attribuable aux activités humaines ». Ce rapport sur la base des projections sur l'évolution future du climat, indique que la température moyenne à la surface du globe augmentera de 1,4 à 5,8°C pendant la période 1990-2100. Le réchauffement prévu est d'une ampleur  bien supérieure à celle du réchauffement observé au XXè siècle. Quant au niveau de la mer, il devrait s'élever de 9 à 88cm durant la même période. Cette élévation du niveau de la mer aura des répercussions socio-économiques considérables, puisqu'elle constituera une menace pour les îles de faibles altitudes, les ports, certaines terres agricoles, les ressources en eau douce, les régions touristiques et les zones côtières productives. Toujours, selon les projections, les précipitations devraient également augmenter au XXIè  siècle avec pour conséquence des inondations fréquentes.

Ces projections qui comportent encore des incertitudes ne concernent que les 100 prochaines années, et l'on s'inquiète davantage de ce que le changement climatique anthropique persistera pendant plusieurs siècles, même si l'on parvenait aujourd'hui à supprimer toutes les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. En effet, certains gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone ont une durée de vie très longue.

 

l Analyse critique du climat au Bénin

 

Nous allons nous contenter d’examiner seulement le comportement du régime pluviométrique.

Selon les études récentes menées par d'éminents scientifiques, la situation climatique de l'Afrique de l'Ouest  reste marquée par une forte variabilité annuelle des précipitations durant le XXè siècle et plus particulièrement pendant la seconde moitié avec une chute brutale de la pluviométrie dès le début des années 70.

La zone Guinéenne dans laquelle se trouve le Bénin a été marquée durant ces dernières décennies par une profonde modification des régimes pluviométriques.

 Pour ce qui concerne particulièrement le BENIN, lorsqu'on considère le régime pluviométrique observé sur la période 1941-2000, les analyses ont révélé que le schéma de la petite saison des pluies dans le Sud a subi des modifications caractérisées essentiellement par un déplacement des maxima aux  cours de la période (1971-2000). Au Nord-Est, durant la même période, la variabilité du régime pluviométrique de l'unique saison des pluies est restée marquée par une stationnarité de la pluviométrie centrée sur le mois d'Août tandis qu'au Nord-Ouest (la région de l'Atakora), le maximum pluviométrique observé habituellement en Septembre s'est décalé et s'observe en Août dans la plupart des localités.

En faisant une comparaison à la période normale standard 1961-1990, on note que la variabilité affecte essentiellement les mois de Juillet, Août et Septembre surtout dans le Centre et le Nord du pays.

         Par ailleurs, la diminution  du  total pluviométrique observée au cours de la période 1971-2000 comparativement à la période antérieure, reste seulement significative au Nord du pays.  

En outre, on assiste également à un bouleversement des débuts et fins des saisons.

En effet, dans le Sud du pays, le schéma habituel du déroulement des saisons connaît des modifications ou des perturbations depuis pratiquement les années 80 et surtout durant la dernière décennie. Un exemple notoire est celui de la grande saison des pluies où le démarrage effectif s'est opéré dans 80% des cas entre la première et la troisième décade du mois de Mai; situation qui focalise depuis un certain temps l'attention de l'opinion publique qui se pose la question de savoir si le climat est en train de changer ou non. Au Nord, les données observées au cours des dernières années font état  d'un certain retard  dans le démarrage effectif  et d'une fin précoce de l'unique saison des pluies.

         Même si la pluie ne devrait pas être le seul indicateur climatique à prendre en compte pour caractériser le climat, elle constitue toutefois pour la région tropicale , en particulier pour le BENIN, l'élément le plus important en raison de sa forte variabilité spatio-temporelle et du fait qu'elle représente un facteur limitant pour l'agriculture, base de l'économie nationale.

 

En matière de prévisibilité du climat, il faut noter que le Service Météorologique du BENIN ne dispose pas d'outil approprié pour élaborer la prévision du climat. Toutefois, la prévision saisonnière des pluies qu'elle fournit est obtenue à partir d'un modèle statistique conçu au Centre Africain pour les Applications de la Météorologie au Développement et de sorties de modèles globaux des Centres climatologiques mondiaux.

Il faut remarquer qu'à l'état actuel des connaissances scientifiques, il n'est pas possible d'élaborer de nos jours une prévision de l'évolution du temps au-delà de deux semaines. La prévisibilité du climat se fonde alors sur des projections basées sur les divers modèles globaux de l'Atmosphère et de l'Océan.

 

DISPOSITIONS PRISES OU ENVISAGEES PAR LE BENIN

 

Il se dégage de ce qui précède que le changement climatique constitue une menace à plus ou moins long terme sur le genre humain en particulier. Mais les scientifiques, tant dans le Conseil International pour la Science (CIUS) que dans le GIEC travaillent activement à la recherche des solutions techniques pour atténuer le réchauffement général, solutions à la fois économiquement viables et écologiquement acceptables. Actuellement, les sources d'énergie renouvelables offrent les perspectives les plus prometteuses pour la réduction des émissions de dioxyde de carbone.

Mais les mesures envisagées jusqu'ici pour atténuer les effets du changement climatique ne suffisent pas à protéger le climat de demain. La communauté internationale devrait engager une action dès maintenant, par le biais de la  Convention et de son Protocole de Kyoto, pour réduire comme il convient les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Notre pays, le Bénin, participe déjà à cette action pour avoir fait sienne la problématique des changements climatiques. En effet,  le Bénin a signé cette convention le 13 juin 1992 et l'a ratifié le 30 juin 1994. Puis le 25 février 2002, il a ****accédé**** au protocole de Kyoto. Cela signifie que le gouvernement béninois demeure convaincu :

- que la résolution des problèmes liés aux changements climatiques est d'une importance capitale pour notre pays qui est particulièrement vulnérable à ce phénomène en raison notamment de son agriculture pluviale, de sa faible altitude dans la majeure partie de ses côtes, et de la désertification marquée dans la partie septentrionale du pays ;

-         et que la mise en œuvre conséquente de cette Convention permettra au Bénin de faire face aux conséquences néfastes prévisibles des changements climatiques et de consolider les bases de son développement durable.

 

 

   

Sigle :

IPCC : International Panel on Climat Change